Les lecteurs de ce blog ont déjà noté que la Grande Guerre faisait partie de mes (nombreux) sujets de prédilection. J'avais promis un billet particulier pour février prochain, l'heure est venue. C'est un propos très personnel que je vous invite à partager.
Il y a aujourd'hui exactement 90 ans, Léonard Pradeau, fantassin au 14e régiment d'infanterie, succombait de ses blessures, quelque part du côté de Souain, en Champagne. C'était mon arrière-grand-père..
J'avais entendu ma grand-mère maternelle raconter que mes deux arrières-grand-pères avaient fait la Grande Guerre. L'un y avait survécut, l'autre y était resté et au-delà de quelques reliques, on s'en tenait là. Mais après son décés, en faisant le tri des affaires de famille, je suis tombé sur un document troublant : un bout de papier jauni, griffonné au crayon, qui sent le jour ou les gendarmes sont venus annoncer le décés.
Alors que je cultivais les lectures sur la Grande Guerre, cette découverte leur conférât évidemment un caractère particulier. Je me suis donc mis, comme tant d'autres ces dernières années, en quête de cet aïeul dont je ne savais finalement pas grand chose, car il faut bien constater que le tragique de la chose n'avait pas aidé à cultiver sa mémoire.

Léonard Pradeau, éleveur limousin de son état, fut incorporé dès l'entrée en guerre dans le 14e Régiment d'Infanterie. Il était tambour (cela dira quelque chose à ceux qui connaissent mon frère).
Après avoir combattu en Belgique puis lors de la bataille de la Marne, le 14e RI participa à deux des trois offensives qui se sont succédées en Champagne, autour de Perthes-les-Hurlus, village au nom improbable et jamais reconstruit, célèbre pour ses "tranchées aux parois humaines" décrites par Jacques d'Arnoux.
Mon arrière-grand-père, qui était déjà passé par Charleroi et La Marne, survécut encore aux assauts du 7 au 9 janvier quand, après avoir reconquit un secteur de tranché, après un tir d'écrasement de l'artillerie (terme explicite !), son régiment y subit de violentes contre-attaques.
Malheureusement, après La Marne, l'état-major était persuadé qu'il allait rompre le front à cet endroit. Il s'évertua donc à lancer, face à des positions allemandes insensibles aux tirs de barrages, au même endroit et durant des mois, des unités perdre 50% de leur effectif en 50m de progression.
La seconde offensive de Champagne commença donc le 12 février par un échec sanglant. Les soldats prirent les tranchées adverses par surprise puis furent massacrés et refoulés par l'artillerie et la contre-attaque allemande. Cela n'empêcha nullement de remettre ça le 16, avec plus d'unités et une progression cette fois insignifiante.
C'est devant ces tranchées-forteresses aux nids de mitrailleuse bétonnés, aux abris insensibles à l'artillerie, que mon arrière-grand-père fut blessé et finit par agoniser dans les postes de secours de la Côte 200 (lieu-dit du décés). Deux mois plus tard, l'état-major arrêta les frais. 8km2 de terrain avaient coûté 50 000 soldats français et autant d'allemands...
Après avoir écarté l'hypothèse du rapatriement du corps dans le caveau familial, puis constaté après demande au Secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants que nul Léonard Pradeau du 14e RI ne reposait dans une tombe individuelle d'une nécropole française, je me suis rabattu sur l'ossuaire de Souain, qui rassemble rien moins que 21688 corps, dont des soldats de ce régiment tombés à la Côte 200.
J'ai conclu que le cimetière de guerre dans lequel il fut inhumé avait sans doute été pulvérisé, comme tant d'autres. Quand les corps ne remplaçaient pas les sacs de sable, l'artillerie se chargeait de les exhumer et d'assaisonner le terrain de restes humains. Les nécropoles et ossuaires de ce secteur rassemblent plus de 100 000 combattants français.
Pour l'anecdote :
- mon arrière-arrière-grand-père fut prisonnier pendant la guerre de 1870,
- son fils fut donc tué en 1915,
- son petit fils, pupille de la nation, fut lui-même mobilisé en 1940,
- je suppose que s'il avait eu lui-même un fils plutôt que ma mère, celui-ci aurait certainement fait la Guerre d'Algérie !
Avec trois générations victimes des conflits franco-allemands, je vous avoue que cela donne de la matière à ma conscience européenne.
À chaque fois que j'évoque cette histoire, mes interlocuteurs avouent généralement ignorer le sort de leurs aïeux durant la Grande Guerre, mais j'en croise aussi parfois qui ont suivi un chemin similaire au mien. Je vous invite donc à vous poser la question ou à commenter ce billet avec votre propre histoire.
D'un point de vue pratique, on n'aborde pas ce sujet sans avoir avalé quelques ouvrages élémentaires, ne serait-ce que "Les poilus", de Pierre Miquel chez Terre-Humaine (Plon)..Le net peut vous aussi aider :
Depuis mes recherches, le Secrétariat d'Etat aux Anciens combattant a ouvert deux sites incontournables.
- Mémoire des hommes,
permet d'accéder, entre autres, aux 1 400 000 notices individuelles des soldats tués pendant la Grande Guerre. Cette notice (scan de l'original) indique l'unité, le matricule, la date et la nature du décés, l'état civil de l'intéressé. Pas moins de quatre Léonard Pradeau y figurent, tout comme Alain Fournier et quelques grands noms célèbres. On peut rechercher par nom, prénom et date de naissance, mais il vaut mieux avoir toutes ces informations. Ils sont quand même très nombreux.
- Sépulture de guerres, permet ensuite de rechercher une éventuelle tombe individuelle dans l'une de nos innombrables nécropoles nationales, mais comme vous l'avez compris, ils n'y sont pas tous...Je vous conseille aussi un site perso très riche, avec le parcours détaillé de chaque régiment ainsi que des photos et l'indispensable index des lieux-dits.
Les outils cartographiques, notamment ViaMichelin situent efficacement le lieu de l'action.


votre aïeul était né le 26 février 1883, il est mort le 16 février 1915 dans la Marne. Vous pouvez retrouver sa fiche sur http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/, tapez son nom et prénom, vous obtiendrez le fac-similé de sa fiche de décès. Je n'arrive pas à la joindre à ce commentaire, désolé.
Je m'intéresse également beaucoup à l'histoire humaine de ce conflit, ayant eu un grand-père blessé au chemin des dames, puis envoyé dans les dardanelles,blessé à nouveau; l'autre mobilisé au moment de l'armistice, n'a pas combattu, et à fait partie des troupes d'occupation du fameux couloir de Dantzig.Un arrière grand-père, felletinois, fut gazé pendant cette guerre, et décéda quelques années plus tard.
L'histoire de ce conflit est effroyable. Pour la Creuse, ce fut l'amorce de son déclin économique et démographique.
Posté par: michel moine le mercredi 16 février 2005 à 18:46
Merci de votre commentaire.
Vous aviez peut-être noté mon précédent billet sur la Grande Guerre ( /blog258.html ), cela vous dira quelque chose...
Vous imaginez bien que je métais rué sur Mémoire des hommes à sa sortie. J'ai donc la fiche de mon arrière-grand-père, de laquelle j'ai tiré qu'il était mort de "blessures de guerre".
Depuis, j'ai exhumé un aïeul oublié dans une branche familiale de ma belle-famille (avec une tombe individuelle !) et je travaille actuellement sur 3 poilus du côté paternel (Corrèze) :
- un tué en 1915 en Artois et inhumé à Notre-Dame-de-Lorette
- un tué en 1915 également en Champagne, près de Souain
- un porté disparu en 1916 à la Côte 304 (Verdun). On n'a rien retrouvé de lui (!).
Accessoirement, mon second arrière-grand-père maternel a effectué l'intégralité du conflit dans un régiment d'artillerie. J'ai évidemment plus de matière (photos, médailles, casque) en ce qui le concerne.
Pour finir ce long commentaire, j'ai ouie dire qu'un enseignant de La Souterraine fait travailler ses élèves avec Mémoire des hommes. il fait réaliser une cartographie des unités et des lieux de combats à partir des noms d'un monument aux morts.
Posté par: Alexis Mons le mercredi 16 février 2005 à 19:13
Bonjour, et merci de votre témoignage. Je m'interresse également à cette période de notre histoire pour le moins bouleversante. De nombreux villages comme Perthes- les-Hurlus ont disparus à tout jamais. Le village de Vauquois en Argonne en est un autre exemple. Mes arrières grands parents y habitèrent, mais aprés la guerre ils ne trouvérent à la place qu'un immense champs de bataille ravagés par 3 années de combats trés particuliers, puisque pour la plupart souterrains. Comme vous au travers de votre blog, j'ai créé un site internet, pour illustrer l'histoire de ce village et rendre ainsi hommage aux combattants qui y laissèrent la vie. c'est donc à une visite virtuelle que je vous convie. En espérant qu'elle vous touchera.
Posté par: Carl le jeudi 10 mars 2005 à 19:55
Je connaissais bien l'histoire de Vauquois, mais votre site est très documenté et il figure maintenant en bonne place dans mes bookmarks.
Je profite de votre commentaire pour attirer l'attention de ceux qui ne connaissent pas ce lieu et leur permettre de découvrir l'absurde avec un grand A.
En 1915, pour se rendre maître de ce point-haut dominant le coin, français et Allemand ont joué à qui irait creuser sous les tranchés adverses pour y faire sauter toujours plus d'explosifs. Record pour les allemands avec 50 tonnes, sauf qu'à ce stade, la coline et le village qui la couronnait finirent par disparaître (!)
Qu'on se rassure, les anglais feront mieux en 1917 en Belgique avec des mines de 500 tonnes (!).
Finalement, le site (qui se visite) a l'avantage de concentrer en un lieu réduit une illustration saisissante et des marques bien visible des combats.
Merci beaucoup pour votre commentaire et votre site.
Posté par: Alexis Mons le jeudi 10 mars 2005 à 20:43
Bonjour
Je vous remercie *tous deux* ! Par ce blog et par les commentaires induits, vous me permettez d'enrichir l'index des petits villages de PERTHES-LES-HURLUS et de VAUQUOIS dans notre moteur de recherche -entièrement bénévole- sur les LIEUX en généalogie : www.gencom.org
Dans ce moteur, nous cherchons à indexer :
- les adresses des sites sur un village
- ou celles des photos publiées sur le net,
anciennes ou récentes, où des généalogistes peuvent retrouver des traces de lieux connus par leurs ancêtres (lieux d'état-civil, mais aussi lieux de batailles qu'ils ont pu traverser d'après les ordres de marche de leurs régiments).
Pour vous donner une idée, nous avons déjà indexé dans gencom.org les noms anciens des communes, leurs regroupements (comme Perthes-les-Hurlus dont le territoire a été regroupé avec Souain) les cartes de Cassini, les pages patronymes concernées dans Geneanet, et presque toutes les données des monuments historiques.
Chaque bénévole essaie aussi de saisir les noms des petits hameaux et modestes lieux-dits sur d'une commune.
Peut-être serez-vous intéressé au moins à connaître cette initiative, à défaut d'en devenir les 1000 et quelques n-ième bénévole ? ;-)
Comme beaucoup d'entre nous, je suis petite fille et arrière-petite nièce de poilus de 14.
Mon grand-père a "fait" les 2 guerres mondiales. Il n'était pas tambour, mais, tout comme son père, savait jouer du clavier. Paul Jean Baptiste dit Lazare BERTHELOT (1898-1965) accompagnait les chants à l'orgue ou à l'harmonium à la messe du dimanche, dans le cantonnement de son régiment. Par exemple, il le fit pendant WWII dans la chapelle du château de Hautefort (Dordogne).
Après avoir veillé, dans gencom.org, sur les données des villages de ma généalogie perso, je souhaite veiller un peu sur les "villages détruits" de 14-18. Je voudrais au moins indexer dans ce moteur le plus possible d'endroits du net où d'autres, comme vous, veillent à rappeler des lieux tristement célèbres de la der des der.
Merci d'avance de m'en signaler si vous en connaissez. C'est une manière, dans l'impuissance à changer le passé, de faire devoir de mémoire en 2005, pour moi au moins.
Bien cordialement
Marie-Françoise Chappuis
Posté par: Marie-Françoise Chappuis le mercredi 11 mai 2005 à 15:27
BOnjour,
je suis à la veille d'une rencontre émouvante. je pars demain sur le Chemin des Dames sur les pas de "Mon poilu". c'est un personnage qui vit avec moi depuis des mois. Je vous conseille à tous le feu d'henri Barbusse, les fantassins du chemin de dames de Nobecourt très riche d'enseignement, monuments de Duneton et des pages de Céline dans Voyage au bout de la nuit.
Bonne lecture et que survive la mémoire de ces hommes morts au champ d'horreur.
Posté par: Schmitt le vendredi 29 juillet 2005 à 16:00
Je recherche les traces de mon père Kurt Müller qui était en granison à St-Jouin de Marnes dans les Deux Sèvres dans les années 1940 à 1942 Il a été pilote dans la 8 em compagnie Fliger. Il est tombé malade à Berlin en 1945 Mon père est né le 27 mars 1920 à berlin. Mon grand-père Adlof Müller toutes informations concernant ma famille seront les bienvenues avec tous mes remerciements amicalement jacques goguy
Posté par: Goguy jacques le lundi 05 septembre 2005 à 16:24
Votre commentaire semble concerner des combattants allemands, mais je n'ai pas connaissance de la procédure ou des bases disponibles en ligne.
Pour ce qui est des combattants français, Mémoire des Hommes http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/ ne couvre pas encore les soldats de la deuxième guerre. On peut toujours écrire au Secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants afin de faire un recherche dans les registres militaires.
Posté par: Alexis Mons le lundi 05 septembre 2005 à 21:05
il me faudrait svp l'addresse du site perso pour un exposé d'histoire
pouvez vous me répondre vite silvouplait
merci d'avance
Posté par: barreau anthony le mercredi 15 novembre 2006 à 17:18
Bonjour,
Je recherche un site belge sur lequel je pourrais retrouver des renseignements sur les soldats du 12è de ligne en Belgique morts au champ d'honneur
Merci si vous pouvez me renseigner
Posté par: Schneider le jeudi 01 mars 2007 à 18:02
Colette GRASSET épse FLATRY.
Mon oncle Félix GRASSET est Décèdé en 1915 à Perthes-les- Hurlus. Y a-t-il une tombe avec son nom ? peut être pourais je connnaitre son N° matricule. Tous renseignements me serait précieux
Merci pour tout ce que vous purrez faire pour moi.
Posté par: GRASSET Colette le samedi 17 mars 2007 à 16:14
Grace à Mémoire des hommes, http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/, on trouve facilement la fiche "Mort pour la France" de votre oncle, "Tué à l'ennemi" le 24 sept. 1915 à Tahure, dans le même secteur que Perthes-les-Hurlus.
La recherche de sépulture ne renvoit pas de résultat, on peut donc suppose que soit son corps a été rapatrié au caveau familial, sinon il fait partie de ces anonymes qui peuplent les ossuaires du secteur.
Posté par: Alexis Mons le samedi 17 mars 2007 à 22:20
mon arrière grand oncle paul germain pruvot a été tué le 16 février 1915 à cauroy les hermonville (marne) si quelqu'un possède des renseignements sur les combats de ce jours et du lieu merci de me les communiquer
merci à l'avance
Posté par: vallez le lundi 14 mai 2007 à 21:01
bjr
je suis à la recherche des "derniers instants" d'un grand oncle - paul germain PRUVOT - tué à l'ennemi le 16 février 1915 à cauroy les hermonville (marne) si quelqu'un possède quelque chose sur ce lieu merci de me le faire parvenir
merci à l'avance
pierre-marie VALLEZ
5 bis rue de forest
59360 le POMMEREUIL
Posté par: vallez pierre marie le jeudi 17 mai 2007 à 07:46
bjr
suis à la recherche de tout ce qui peut m'éclairer sur les combats du 16 fevrier 1915 à cauroy les hermonville
mon adresse est "[email protected]"
si quelqu'un possède quelque chose merci de me le communiquer
Posté par: VALLEZ PIERRE MARIE le dimanche 20 mai 2007 à 16:07
Bonjour,
Inutile de démultiplier vos commentaires, je pense que votre message est bien passé.
Pour le reste, tous les conseils que je peux vous donner sont déjà dans le billet ou les commentaires.
Merci à vous.
Posté par: Alexis Mons le dimanche 20 mai 2007 à 18:33

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